Et si le poème était à l'être comme l'article d'un dictionnaire - la pensée bute sur un mot inusité, qui la convoque et qui l'intrigue, si bien qu'ouvrant notre lexique, c'est moins le sens d'un vocable inattendu que l'on retient, mais toujours plutôt la rencontre électrique d'un assemblage de syllabes avec l'horizon élargi de notre compréhension - où le mot n'est jamais pour ainsi dire réduit à sa définition, mais prend le large grâce aux intimes échos qu'il a fait naître en nous ? enfin, il est appréhendé.
23.11.07
pro-vocation
« L’écriture en dépit de quelques tentatives pour faire moderne – lettrisme et autres jongleries phonétiques – est rentrée dans le rang, n’en est jamais vraiment sortie, pas si différente – et même le surréalisme, et même le Nouveau Roman – de ce qui se faisait un siècle plus tôt. »
Jean Rouaud
20.11.07
Gherasim Luca : quand le constat mallarméen d'un néant de la signification surgit à nouveau chez ce poète qui, loin de se taire, choisit d'en faire la condition même d'une "érotisation générale de la pensée", d'une explosion jubilatoire de vocables passio passionnés. L'habile équilibriste jongle avec un humour déroutant (parfois proche de celui d'un Michaux) au-dessus de gouffres métaphysiques troubles et troublants, à force d'images dont l'ardeur toute surréaliste emporte et permet l'avènement de la singulière parole qu'admirait Deleuze, entre profération et bégaiement. Bref, on s'y heurte à une pensée pure jouant des concepts comme un enfant des cubes - fraîche et puissante, joyeuse aussi, mais de la joie que seul connait celui qui marche au bord du désespoir.
[...]
Debout
les angoisses jointes
vide tombant en souplesse
de chaque côté de la mort
Sautiller en légèreté sur les frissons
à la façon d'une balle qui rebondit
Laisser les angoisses souples
Ne pas se raidir
toutes les idées décontractées
Vide et mort penchés en avant
angoisses ramenées légèrement fléchies
devant les idées
Respirer profondément dans le vide
en rejetant vide et mort en arrière
En même temps
ouvrir la mort de chaque côté des idées
vie et angoisses en avant
Marquer un temps d'arrêt
aspirer par le vide
Expirer en inspirant
inspirer en expirant
Debout
les angoisses jointes
vide tombant en souplesse
de chaque côté de la mort
Sautiller en légèreté sur les frissons
à la façon d'une balle qui rebondit
Laisser les angoisses souples
Ne pas se raidir
toutes les idées décontractées
Vide et mort penchés en avant
angoisses ramenées légèrement fléchies
devant les idées
Respirer profondément dans le vide
en rejetant vide et mort en arrière
En même temps
ouvrir la mort de chaque côté des idées
vie et angoisses en avant
Marquer un temps d'arrêt
aspirer par le vide
Expirer en inspirant
inspirer en expirant
"Quart d'heure de culture métaphysique", in Heros-Limite (poésie Gallimard)
26.6.07
19.6.07
"La parole... ce désir inassouvi du silence."
Bel éclat de phrase. On le trouve sur le blog Aux Tempes des Miroirs et, s'il apparaît ici, c'est qu'au-delà du bonheur de la formulation, au-delà du paradoxe immédiat qu'il soulève, j'y vois comme l'indice de la tension qui sous-tend toute littérature.
D'un côté, ce constat : la parole (le poème) est un lieu improbable en ce qu'elle ne cesse de se nier elle-même. C'est qu'elle témoigne d'abord de l'impossibilité d'un dire satisfait et satisfaisant - voir la poésie d'Artaud, et surtout sa correspondance avec Jacques Rivière, pour s'en convaincre -, semblant ainsi ménager au silence un espace d'infinies potentialités : comme s'il n'y avait de véritable littérature que dans le blanc de la page vierge. Or la littérature ne se contente, ne peut se contenter (ou si peu) d'un silence, quoique elle en joue de plus en plus, audacieuse équilibriste.
De l'autre, ce simple mot, centre de gravité de la phrase : désir. On hésite alors : qui désire ainsi, auteur, parole, silence ? Dans tous les cas c'est l'élan qui prime - peu importe qu'il soit inspiration ou imperceptible inclinaison de l'être.
Désir et parole s'allient donc en creux pour et contre le silence, dans le même mouvement du sillon que tracent les mots, en une "motivation" (cf. les analyses de Gérard Genette) qui fonde et justifie le lieu susnommé du littéraire. C'est pourquoi ma critique, et au-delà de mes digressions peut-être toute critique, ne trouveront leur aboutissement qu'au sein même de leur objet : toujours en même temps seuil et coeur, bogue et noyau. Je laisserai par conséquent les derniers mots à ce poème de l'Art Poétique de Guillevic :
Bel éclat de phrase. On le trouve sur le blog Aux Tempes des Miroirs et, s'il apparaît ici, c'est qu'au-delà du bonheur de la formulation, au-delà du paradoxe immédiat qu'il soulève, j'y vois comme l'indice de la tension qui sous-tend toute littérature.
D'un côté, ce constat : la parole (le poème) est un lieu improbable en ce qu'elle ne cesse de se nier elle-même. C'est qu'elle témoigne d'abord de l'impossibilité d'un dire satisfait et satisfaisant - voir la poésie d'Artaud, et surtout sa correspondance avec Jacques Rivière, pour s'en convaincre -, semblant ainsi ménager au silence un espace d'infinies potentialités : comme s'il n'y avait de véritable littérature que dans le blanc de la page vierge. Or la littérature ne se contente, ne peut se contenter (ou si peu) d'un silence, quoique elle en joue de plus en plus, audacieuse équilibriste.
De l'autre, ce simple mot, centre de gravité de la phrase : désir. On hésite alors : qui désire ainsi, auteur, parole, silence ? Dans tous les cas c'est l'élan qui prime - peu importe qu'il soit inspiration ou imperceptible inclinaison de l'être.
Désir et parole s'allient donc en creux pour et contre le silence, dans le même mouvement du sillon que tracent les mots, en une "motivation" (cf. les analyses de Gérard Genette) qui fonde et justifie le lieu susnommé du littéraire. C'est pourquoi ma critique, et au-delà de mes digressions peut-être toute critique, ne trouveront leur aboutissement qu'au sein même de leur objet : toujours en même temps seuil et coeur, bogue et noyau. Je laisserai par conséquent les derniers mots à ce poème de l'Art Poétique de Guillevic :
Faire
Que se trouver au bord
Ce soit
Plonger dedans.
Que se trouver au bord
Ce soit
Plonger dedans.
18.6.07
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